Pause déjeuner

On venait de visiter le Musée des Beaux-Arts (à la Havane donc, un mercredi brûlant d’août où nous avions traversé la ville sur une avenue de magma). Une sculpture géante sur le mur donnait le ton : elle nous a rappelé Gregor Samsa, se trouvant au réveil comme tant de cubains chaque matin que dieu fait. Après le baume de la climatisation - et de la créativité des plasticiens locaux, on était partis à la recherche du disque perdu, commande d’un collègue. Le « palais de l’artisanat », nous avait-on suggéré, grand choix de musique créole. On y est arrivé à midi moins le quart. Sur la porte de l’échoppe de musique, un panneau : « Abierto/Open ». On s’est réjouis. Mais la porte ne s’ouvrait pas. On a, maladroitement, insisté. Un employé de l’échoppe voisine s’est approché : « Laisse tomber, l’ami, elle est partie déjeuner ». Mais c’est écrit « ouvert », répondis-je ingénument. « Et oui, mon vieux, c’est comme ça -répliqua-t-il. C’est marqué ouvert, mais c’est fermé. Voilà ». On est donc allés manger des crustacés dans un « paladar » tout proche, avec une pensée compatissante pour Gregor et sa pomme inaccessible. A notre retour la situation n’avait pas changé. Je n’ai pas pu acheter de disque ce jour-là, mais mais le duo des vendeurs m’a offert, sans le savoir, la plus parfaite allégorie de la Cuba d’aujourd’hui.