
Pourquoi s’effarouche-t-on des ciseaux bénéfiques? La littérature ne devrait pas nous blesser - pour cela nous avons et couteaux et ruptures amoureuses. Dans ces temps où le climat exacerbe la sensibilité aux pollens, dépoussiérer les classiques de toute parole gênante, quitte à l’amputer savamment de quelques adjectifs (voire chapitres) est faire œuvre de santé publique. Rien n’est de trop pour préserver nos narines délicates.
Ainsi, exemple parmi d’autres, Il serait pertinent de purger de manière non-offensante un poème qui, tout compte fait, pourrait être considéré, dès le premier vers, exploit diabolique, comme une apologie à la fois de l’nceste et de la pdophilie. Vous aurez, culture générale oblige, deviné qu’il s‘agit de cette horrible Invitation au voyage :
Mon enfant, ma sœur
Songe à la douceur…etc…
Ne se contentant de cette ouverture pénalement condamnable (et je ne parle pas de cette obscène incitation à la douceur dans le monde de brutes dans lequel on rampe), Charles l’absynthomane enfonce le clou dans le refrain, où outre un parti pris flagrant pour les régimes autoritaires « Là tout n’est qu’ordre …» et implicitement mochephobes « …et beauté ..» il se vautre dans l’apologie du capitalisme consumériste et aseptisé « luxe, calme… » avant de retomber sans ambiguïté dans ce à quoi il invite impudiquement ce.tte.x pauvre enfant qui se trouve être sa sœur « …et volupté ».
Et que dire de « ce pays qui te ressemble » ? Allusion aux nations en voie de développement du fait de l’âge prépubère de la fille ? Vicieux et troublants, ces mots devraient aussi disparaître.
J’ai, par souci de non-acharnement, fait l’impasse sur d’autres allusions à la mondialisation prédatrice et au commerce maritime polluant, qui nous dérangent profondément « c’est pour assouvir - ton moindre désir - qu’ils viennent [les vaisseaux] du bout du monde », ainsi qu’à cette vision colonialiste, exotisante et eurocentrée des pays asiatiques « la splendeur orientale ». Mais, tout compte fait, il faudrait les éliminer aussi. Soyons cohérent.e.x.
Néanmoins, pour ne pas priver nos jeunes, avec ou sans lien de parenté, d’une invitation au voyage littéraire, nous pourrions leur proposer, une fois expurgés des vers et autres mots prêtant à confusion ou heurtant certaines sensibilités, les reliefs immaculés du (de la ?) poème. Bon appétit.
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